L’Œil de… David Brunel, « Soleil chaud, soleil tardif — Le chemin des ondes » #1

« Soleil chaud, soleil tardif — Le chemin des ondes », avec David Brunel #1

Si l’image gréco-romaine naît effectivement de l’ombre ainsi que le rapporte Pline l’Ancien (voir Dibutade et son tracé d’ombre sur le mur corinthien, Histoire naturelle, livre XXXV), son berceau est tout fait de lumière. C’est, semble-t-il, ce que l’exposition « Soleil chaud, soleil tardif. Les modernes indomptés » vient nous rappeler en pointant, par des images, de Van Gogh à Polke, ce magnifique couffin. La lumière dépose une robe physique sur les choses et les êtres qu’elle enveloppe lors de son passage rectiligne. Le rebond chromatique qui apparaît dans le chemin des ondes (électromagnétiques du spectre visible) active le visible, éveille la pensée, suscite la mémoire, laquelle vient se poster à la fenêtre — le rideau des sentiments et des émotions s’ouvre. 

Si la lumière comporte un versant physique, l’éclairement, elle possède également un versant émotionnel, la lumination. Éclairer et « luminer » vont de pair (terminologie empruntée à un grand maître de la lumière, Henri Alekan). Les peintres, les photo-graphes, les cinéastes le savent bien, la lumière est leur langue, ils parlent (par) la lumière, c’est leur verbe à eux, leur auxiliaire être.

Ce que les interventions à venir cibleront est que la lumière assiste certes le sensible, mais que, plus encore, elle donne à penser, elle amorce l’intelligible. La rétine récolte ses semences, l’esprit les raffine, les pétrit, introduit un levain (l’imaginaire), et cuit ce pain. Chacun des tableaux de de cette exposition est une miche qui nous parle de son origine, la lumière, et de son devenir, l’imaginaire. 

Face à ces images, nous serons tels des Incas devant Inti. Et Dylan Thomas d’écrire : : « L’obscur est un chemin, la lumière est un lieu ».

David Brunel est écrivain et photographe. Docteur en philosophie esthétique et études psychanalytiques, qualifié maître de conférences, il vit entre Arles et Amsterdam. Il dispense des cours en philosophie esthétique, histoire de l’art, histoire de la photographie et analyse critique dans diverses universités et écoles supérieures d’art.

Photo : Sigmar Polke, Lapis-Lazuli II, 1994. Lapis-lazuli et résine sur toile, 300 × 224,5 cm. Carré d’Art, Musée d’art contemporain de Nîmes

 

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