Les tableaux de Van Gogh à Arles :
 couleurs et coups de brosse

Au cours de sa période dite « hollandaise », Van Gogh utilise une palette aux coloris foncés, où le gris domine, et applique la peinture à coups de brosse expressifs et puissants. Le jeune artiste a travaillé les contrastes et étudié la théorie des couleurs élaborée par Eugène Delacroix. Mais sa palette sombre l’empêche de mettre celles-ci à profit.
 
A son arrivée à Paris au début de l’année 1886, il comprend qu’il a fait fausse route. Une nouvelle commande et l’utilisation de couleurs tranchées lui permettent de travailler à la fois des contrastes subtils (comme le jaune et le vert) et surtout de jouer avec des couleurs dont l’opposition est complémentaire: rouge/vert, bleu/orange ou jaune/violet. A la même époque, il s’essaie à la vivacité de la peinture impressionniste et aux différents styles et techniques de ses amis avant-gardistes. Il admire les œuvres d’Adolphe Monticelli, qui peint avec de forts contrastes colorés et de gros empâtements. Les estampes japonaises lui apprennent également à se servir d’une large gamme de couleurs vives.

Pétri de toutes ces nouvelles influences et découvertes, Van Gogh part pour Arles avec l’intention d’y perfectionner sa technique. La lumière provençale le pousse à oser des couleurs encore plus tranchées. Delacroix n’est jamais très loin. Quant à son utilisation des couleurs complémentaires, elle lui permet de rendre le mariage de celles-ci encore plus expressif. « Le Semeur », qu’il peint en juin 1888, est une tentative ambitieuse de réaliser une version plus moderne du tableau de Millet par l’utilisation de la couleur. Van Gogh y oppose le violet du champ au jaune du ciel.

Le café de la nuit (The Night cafe), Arles, 1888. Oil on canvas, 70 x 89 cm. Yale, University Art Gallery
Le Café de Nuit, Place Lamartine, Arles. Septembre 1888. Huile sur toile, 70 x 89 cm. Yale University Art Gallery

Il dira à propos du tableau « Le Café de Nuit », qu’il peint en septembre 1888: « J’ai cherché à exprimer avec le rouge et le vert les terribles passions humaines ».
 
Van Gogh s’illustre parmi ses amis avant-gardistes par la force de son empâtement. Si à Pont-Aven des artistes tels que Gauguin et Bernard, entre autres, travaillent également avec toute une gamme de couleurs franches, leur coup de brosse est plat et plus atténué. Les tableaux que Van Gogh exécute à Arles diffèrent désormais complètement de ceux de ses amis artistes. 
 
Dans la plupart de ses œuvres majeures, un rôle proéminent est donné à l’application de la peinture. Il a parfois recours à des coups de brosse plus structurés, comme dans l’arrière-plan du tableau « Nature morte aux tournesols ». Pour d’autres tableaux, il applique la peinture de façon plus spontanée, bien que de manière toujours contrôlée et expressive.