Van Gogh et la lumière provençale

Van Gogh, qui ne connaît pas le Sud de la France, décide de quitter Paris en février 1888 pour s’installer à Arles, attiré par la chaleur et la lumière provençale.

L’artiste n’est pas le seul à rechercher cette lumière si particulière, qui offre des possibilités de coloris bien plus vastes que celles, souvent froides, des régions du Nord. Claude Monet part peindre à Bordighera, sur la Riviera italienne, en 1884, et dès 1888, se fixe pendant un temps à Antibes. Paul Cézanne vit et travaille dans sa ville natale d’Aix-en-Provence. Adolphe Monticelli, que Van Gogh admire énormément, séjourne à Marseille alors que Paul Gauguin va en Martinique en 1887 pour peindre à la lumière des tropiques. Il est fort probable également que Paul Signac ait vanté la qualité de la lumière provençale à Van Gogh, ainsi que Toulouse-Lautrec, natif d’Albi.

Le Semeur
« Le Semeur au soleil couchant », Arles, juin 1888. Huile sur toile, 64 × 80,5 cm. Otterlo, Kröller-Müller Museum

Si Van Gogh espérait retrouver dans cette lumière l’atmosphère des estampes japonaises, il est on ne peut plus satisfait. « Le pays me paraît aussi beau que le Japon pour la limpidité de l’atmosphère et les effets de couleur gaie », dit-il à Emile Bernard. Nombre de ses lettres, écrites alors qu’il se trouve à Arles, glorifient cette lumière extraordinaire et les couleurs nouvelles qu’elle fait apparaître, qu’il découvre avec passion.

Les tableaux que Vincent exécute à Arles sont souvent associés à la couleur jaune, laquelle joue un rôle primordial dans sa production à cette période. Il vénère littéralement le jaune du soleil de la Provence, et la teinte soufrée et dorée de sa lumière. Celle-ci inonde le paysage et lui permet de peindre avec les couleurs franches et puissantes qu’il affectionne tant. D’après lui, l’artiste des temps modernes sera un coloriste comme le monde n’en a jamais connu. Professant que la lumière provençale est d’une importance capitale pour une palette moderne, il s’éloigne plus que jamais des gris de sa palette « hollandaise », imprégnée de la lumière du Nord.

Bien que les longues journées qu’il passe sous un soleil brûlant le fatiguent parfois, il sent que la lumière et la chaleur sont bénéfiques à la santé et à l’humeur. Le soleil, qui joue un rôle clé dans tant de ses tableaux peints à Arles, fait bientôt figure de divinité. « Ah, ceux qui ne croient pas au soleil d’ici sont bien impies. »