S U S P E C T S
Van Gogh, Tricksters & Co.
« Involontairement je suis devenu plus ou moins dans la famille un espèce de personnage impossible et suspect¹ […]. »
« Cela me tente tant – non pas la boisson mais la peinture de voyou². »
Vincent van Gogh, lettres à Theo
SAVE THE DATE
À partir du 22 mai, la Fondation Vincent van Gogh Arles présente « SUSPECTS – Van Gogh, Tricksters & Co. », une exposition consacrée aux artistes qui, à la suite de Van Gogh, ont choisi la dissidence plutôt que la conformité, l’excès plutôt que la mesure.
Inspirée de la figure anthropologique du « trickster » — personnage moqueur et subversif présent dans les mythes de toutes les civilisations — l’exposition rassemble les œuvres de 32 artistes perturbateurs. Ils et elles permettent à l’art de remplir l’une de ses fonctions majeures dans notre société moderne : mettre en turbulence les convictions, rejouer ce qui paraît acquis, élargir notre champ de conscience, faire exploser les conventions. Leur attitude, telle qu’elle perdure de la fin du XXe siècle à aujourd’hui, est au cœur de cette exposition.
Commissaires d’exposition : Jean de Loisy et Margaux Bonopera
(1) Cuesmes, entre mardi 22 et jeudi 24 juin 1880
(2) Arles, 15 août 1888

Présentation de l'exposition
Une partie de l’art moderne naît dans un climat contestataire qui, de la bohème au mouvement dada, s’écarte des règles de la bonne société. Certains artistes transgressifs choisissent alors les sentiers détournés, le chemin des humbles, des hors-la-loi, des fripons et réaniment le jeu sans fin du chaos. Ils et elles permettent à l’art de remplir l’une de ses fonctions majeures dans notre société moderne : mettre en turbulence les convictions, rejouer ce qui paraît acquis, élargir notre champ de conscience, faire exploser les conventions. Leur attitude, telle qu’elle perdure de la fin du XXe siècle à aujourd’hui, est au cœur de cette exposition.
Vincent van Gogh
écrit en 1888 à son ami le peintre Émile Bernard qu’il « […] méprise profondément les règlements, les institutions &c. enfin [qu’il] cherche autre chose que les dogmes² […] ». Déterminé à renouveler les possibilités de l’art, il y parvient ; en seulement dix ans de pratique, il incendie l’avenir.
Antonin Artaud perçoit ainsi l’effet de son œuvre :
« Non, Van Gogh n’était pas fou, mais ses peintures étaient des feux grégeois, des bombes atomiques, dont l’angle de vision, à côté de toutes les autres peintures qui sévissaient à cette époque, eût été capable de déranger gravement le conformisme larvaire de la bourgeoisie second Empire et des sbires de Thiers, de Gambetta, de Félix Faure, comme ceux de Napoléon III³. »
SUSPECTS – Van Gogh, tricksters & Co.
s’inspire des comportements des grands perturbateurs que les anthropologues appellent « tricksters ». Présents dans les mythes de toutes les civilisations, ces pitres rusés, coquins ou savants moqueurs, ont pour rôle de délivrer la communauté de conventions étouffantes et de relativiser les certitudes.
L’exposition présente ainsi les audaces de ces artistes qui, après Vincent van Gogh et plus près de nous, ont choisi la dissidence plutôt que la conformité, l’excès plutôt que la mesure. Transgresseurs, contestataires acides, incendiaires ou réprouvés, leurs œuvres témoignent d’une liberté et d’une insolence que voile parfois une amertume plus poétique que parodique.
Les artistes
Parmi eux, Pablo Picasso⁴ (1881-1973) dont l’alter ego, Arlequin, personnage marginal et populaire, héritier du bouffon, intervient à de nombreuses reprises dans l’exposition – interprété par lui-même ou par des figures aussi diverses que celles de Robert Filliou (1926-1987), Cindy Sherman (* 1954) ou Bruce Nauman (* 1941).
Mais on retrouvera aussi des pitres bouleversants comme Urs Lüthi (* 1947), Jacques Lizène (1946-2021) ou Nina Childress (* 1961), des faiseurs de tours rusés comme Maurizio Catellan (* 1960) ou Martin Kippenberger (1953-1997), des anges de nuits délurés comme Luciano Castelli (* 1951) ou Leigh Bowery (1961-1994).
Grotesque et autodérision font partie de ces stratégies de déstabilisation, comme on le découvre avec
Mathis Collins (* 1989), Clément Courgeon (* 1997) en lutte avec un balai ou Anna Byskoff (* 1984) tentant de gravir un escalier de papier, ainsi qu’avec les œuvres de Walter Swennen (1946-2025) qui fait du tableau l’arène d’un combat absurde.
Si on peut aussi les croire disciples de la violence comme Cameron Jamie (* 1969) ou Ellen Cantor (1961-2013), ces artistes en sont surtout les victimes révoltées – comme on le comprend avec les œuvres de Mike Kelley (1954-2012), Maria Lassnig (1919-2014) ou Philippe Perrot (1967-2015). Ainsi que nous l’indique l’œuvre de Mire Lee (* 1988), accepter de regarder ce que nous refoulons par convention permet de ranimer la pulsion vitale du monde. C’est ce que Van Gogh sut faire et qu’Antonin Artaud résume ainsi : « Cela veut dire que l’apocalypse, une apocalypse consommée couve à cette heure dans les toiles du vieux Van Gogh martyrisé, et que la terre a besoin de lui pour ruer de la tête et des pieds.5 »
1. Lettre de Vincent van Gogh à Theo van Gogh, Cuesmes, entre mardi 22 et jeudi 24 juin 1880.
2. Lettre de Vincent van Gogh à Theo van Gogh, Arles, 15 août 1888.
3. Antonin Artaud, Van Gogh le suicidé de la société [1947], in Œuvres complètes, Paris, Gallimard, coll. « NRF », 1978, t. XIII, p. 14.
4. Pablo Picasso offrit en 1971 cinquante-six œuvres au musée Réattu d’Arles. Beaucoup de celles-ci mettaient en évidence la figure d’Arlequin, qui fut, avec le Minotaure, son alter ego. Un excellent article de l’historien de l’art Yve Alain-Bois intitulé « Picasso le trickster » (Les Cahiers du musée national d’art moderne n°106 – hiver 2008/2009, 2008) commenta cet épisode. La date de ce don est retenue pour ouvrir la période historique couverte par l’exposition, qui s’étend jusqu’à aujourd’hui.
5. Antonin Artaud, op. cit., p. 38.
Liste des 32 artistes exposé·es
Leigh Bowery
Anna Byskov
Ellen Cantor
Luciano Castelli
Maurizio Cattelan
Nina Childress
Lucien Clergue
Mathis Collins
Clément Courgeon, dit Triboulet
Gino de Dominicis
Robert Filliou
Fergus Greer
Cameron Jamie
Mike Kelley
Martin Kippenberger
Nick Knight
Arnaud Labelle-Rojoux
Maria Lassnig
Mire Lee
Jacques Lizène
Sarah Lucas
Urs Lüthi
Christopher Makos
Pierre Molinier
Bruce Nauman
Philippe Perrot
Pablo Picasso
Salomé
Cindy Sherman
Walter Swennen
Andy Warhol
& Vincent van Gogh
Galerie d’images

Pablo Picasso (1881-1973) Arlequin, 14 janvier 1971 Encre de Chine, lavis et craie de couleur sur carton, 22,1 × 24,6 cm Don de l’artiste en 1971 Collection Musée Réattu, Arles © Succession Picasso 2026

Martin Kippenberger (1953-1997) Martin ab in die eckeund schäm dich (Martin, va au coin et honte sur toi), 1989 Bois, métal, styromousse, caoutchouc mousse, fer et vêtements, 178,8 × 66 × 35,9 cm Pinault Collection © Estate of Martin Kippenberger, Galerie Gisela Capitain, Cologne Photo : © Nicolas Brasseur

Nina Childress (* 1961) Autopotrait clown/étoile, 2020 Huile et poils de pinceau sur toile, 61 × 38 cm Raoul et Melvina Salomon Courtesy : Nina Childress et Art : Concept Paris © Nina Childress, / Adagp, Paris, 2026

Mathis Collins (* 1986) Le Chant public, 2023-2025 (détail) Bois, acrylique, orgue de Barbarie digitale et automate, 8 panneaux de bois : 250 × 490 cm ; sculpture : 112 × 125 × 60 cm Collection du Fonds régional d'art contemporain Occitanie Montpellier © Mathis Collins / Galerie Crèvecoeur Photo : Christian Perez

Maurizio Cattelan (* 1960) Betsy, 1999 Mannequin en cire, résine polyester, cheveux naturels, vêtements et réfrigérateur, 188 × 75 × 66 cm Rosamond Brown, Londres Courtesy : Maurizio Cattelan’s Archive

Philippe Perrot (1967-2015) La Fête des pères, 2003 Peinture à l’huile et antiseptiques sur toile, 50 × 100 cm Collection privée Courtesy : Succession de l’artiste et Art : Concept, Paris Photo : Art : Concept © Philippe Perrot

Sarah Lucas (* 1962) Self-Portrait with Fried Eggs (Autoportrait avec œufs au plat), 1996 C-print, 154,5 × 106,3 × 6 cm (encadré) Courtesy : Sadie Coles, Royaume-Uni © Sarah Lucas. Courtesy Sadie Coles HQ, London. Photo : Angus Fairhurst

Bruce Nauman (* 1941) Clown Torture (I’m Sorry et No, No, No), 1987 Installation de deux vidéos, 60 min 2 s et 95 min 57 s Pinault Collection © Bruce Nauman / Adagp, Paris, 2026

Vincent van Gogh (1853-1890) Crâne de squelette fumant une cigarette, Anvers, janvier-février 1886 Huile sur toile, 32,3 × 24,8 cm Van Gogh Museum, Amsterdam (Vincent van Gogh Foundation)


