MOISSONS
Le Musée Imaginaire c’est l’esprit des artistes
L’exposition s’inspire de la vaste collection de plus de 5 000 images et livres réunie par Vincent van Gogh tout au long de sa vie. Cet ensemble, véritable « Musée Imaginaire », fait écho au concept formulé par André Malraux.
À travers les figures de Van Gogh, de l’écrivain et penseur de l’art André Malraux et du cinéaste Jean-Luc Godard, ainsi que les installations de 11 artistes contemporains, MOISSONS explore les manières dont les artistes rassemblent, classent, conservent et transforment les images, les références et les souvenirs qui nourrissent leur travail.
Avec des œuvres de :
Vincent van Gogh, Dennis Adams, Jean-Michel Alberola, Tolia Astakhishvili & Dylan Peirce, Patrick van Caeckenbergh, Ryan Gander, Jean-Luc Godard, André Malraux, Matt Mullican, Kevin Osepa, Fiona Tan, Tatiana Trouvé et Gaspar Willmann.
Accueilli en résidence à la Fondation, Kevin Osepa imagine une installation réunissant une sélection de la collection de Van Gogh, deux de ses peintures originales et son propre travail, autour du thème de la résurrection et de la métamorphose des œuvres d’un artiste à l’autre.
Labellisée « Exposition d’intérêt national » et soutenue exceptionnellement par l’État – ministère de la Culture,
l’exposition MOISSONS s’inscrit dans le cadre du Cinquantenaire André Malraux 2026-2027.

La présentation des œuvres de Kevin Osepa bénéficie du soutien du Mondriaan Fonds.


André Malraux (1954)
Photo publiée dans Paris Match, N°273, 19 juin 1954
© MAURICE JARNOUX/PARIS MATCH/SCOOP
LE MUSÉE IMAGINAIRE DE VINCENT VAN GOGH
L’exposition MOISSONS s’inspire de la collection d’images et de livres que Vincent van Gogh rassembla tout au long de sa vie : plus de 5000 pièces, aujourd’hui conservées au Van Gogh Museum à Amsterdam. Éditions rares ou bon marché, gravures, reproductions découpées dans les journaux, tableaux ou estampes acquis avec son frère, mais aussi livres d’art, de poésie et de littérature en plusieurs langues : une sorte de « Musée imaginaire » dont il revisitait continuellement les richesses et qu’il commentait longuement dans ses lettres.
Ce goût pour les images d’art se développe très tôt, avant même sa décision de devenir artiste, notamment durant les quatre années où Van Gogh travaille pour Goupil & Cie, à La Haye, Londres et Paris. Cette importante entreprise de commerce et de reproduction d’art lui donne accès à une profusion d’images et d’informations artistiques.
Sa correspondance témoigne de l’importance que les œuvres des autres artistes occupent dans sa pensée. Dans les quelque huit cents lettres qui nous sont parvenues, Van Gogh analyse avec ferveur les œuvres d’autrui et évoque ses nombreuses sources d’inspiration, des maîtres anciens comme Rembrandt aux artistes du XIXe siècle tels que Millet, Delacroix ou Daumier, jusqu’à ses contemporains comme Monet et Gauguin. Plus de mille cent œuvres d’artistes de tous horizons y sont citées : œuvres vues dans des musées, des galeries, des expositions ou des ateliers, découvertes au fil de ses lectures, estampes qu’il collectionne ou images découpées dans des revues illustrées.
Van Gogh collectionne principalement ce qui est à sa portée financière : des estampes, des illustrations de revues et des centaines de gravures sur bois japonaises en couleurs. Il possède également des œuvres d’amis artistes, souvent obtenues en échange de ses propres travaux. Associée au souvenir des œuvres vues dans les musées et les expositions, cette collection constitue l’« arsenal iconographique » dans lequel il puise sans cesse son inspiration. Sa mémoire visuelle lui permet de se remémorer les détails d’une peinture plusieurs années après l’avoir vue.
À Saint-Rémy-de-Provence, ce rapport aux œuvres admirées prend une forme directement picturale. Van Gogh réalise une série de copies peintes d’après des lithographies et des eaux-fortes de Delacroix, Rembrandt et Millet. Il ne s’agit pas pour lui de simples copies : il cherche à ajouter quelque chose aux œuvres de ses prédécesseurs, notamment par la couleur, comparant cette démarche à l’interprétation d’un morceau de musique par un musicien.
ANDRÉ MALRAUX : LE MUSÉE IMAGINAIRE
Avant d’être écrivain, réalisateur ou résistant, André Malraux fut d’abord chineur et dénicheur de livres rares. Très jeune, il se forge une culture dans les musées, les cinémas et les cours de l’École du Louvre. Son œil curieux et son érudition l’amènent à associer textes et images et à éditer des ouvrages illustrés à tirage limité. Malraux agence, reconfigure, sélectionne et assemble : son rapport aux œuvres est celui d’un « agenceur d’images ».
Cette pratique du montage traverse aussi son travail de cinéaste et trouve un prolongement majeur dans Le Musée imaginaire, publié en 1947. Pour Malraux, la photographie transforme profondément notre accès aux œuvres et permet de les rapprocher au-delà de leur contexte d’origine. Dans ses ouvrages sur l’art, les images sont agencées de façon très intentionnelle : succession, juxtaposition, inversion ou variation de leur emplacement sur la double page participent pleinement à la construction de sa pensée.
Le Musée imaginaire est ainsi conçu comme un dispositif visuel où la confrontation des images fait naître de nouvelles relations entre les œuvres. Leur reproduction, leur déplacement et leur rapprochement les transforment : de cette confrontation naît une reconfiguration, une métamorphose.
Cette conception accompagne Malraux jusqu’à cette affirmation formulée dans La Tête d’obsidienne en 1974 : « Le dernier lieu du Musée imaginaire est l’esprit des artistes. »
JEAN-LUC GODARD : IMAGES, MONTAGE ET MÉMOIRE
Avec Histoire(s) du cinéma (1988-1998), Jean-Luc Godard rassemble des fragments filmiques et les soumet à de nouveaux rapprochements. Extraits de toute histoire linéaire, ces images sont montées et remployées selon une logique autre que narrative ou chronologique. Leur confrontation les transforme et les métamorphose.
Ce geste fait directement écho à la pensée d’André Malraux. Dans Les Voix du silence, Malraux décrit le musée comme un lieu qui sépare l’œuvre de son contexte d’origine et la rapproche d’œuvres différentes, voire opposées, organisant ainsi une « confrontation de métamorphoses ». Godard procède de manière comparable avec le cinéma : il choisit des photogrammes, des plans et des séquences qu’il confronte et compare.
Là où la photographie rend possible l’histoire de l’art de Malraux et son Musée imaginaire, Godard utilise la vidéo comme instance de reproduction du cinéma. Entre eux, Henri Langlois joue le rôle de passeur. À la Cinémathèque française, il brasse, rapproche, confronte et compare les films par la programmation : son musée cinématographique imaginaire n’a plus pour support le livre, mais l’écran.
Avec Histoire(s) du cinéma, Godard pousse plus loin encore cette logique et élabore un musée inédit qui s’incarne dans une œuvre vidéographique. Le montage devient ainsi un moyen de faire circuler les images, de les rapprocher et de leur donner, par leur confrontation, de nouvelles significations.
Galerie d’images

Vincent van Gogh La Résurrection de Lazare (d’après Rembrandt), Saint-Rémy-de-Provence, mai 1890 Huile sur papier, 50 × 65,5 cm Van Gogh Museum, Amsterdam (Vincent van Gogh Foundation)

Ryan Gander Portrait of a colour blind artist obscured by flowers [Portrait d’un artiste daltonien obscurci par des fleurs], 2016 Vidéo HD (couleur, son stéréo), durée : 13 min 09 s © Ryan Gander / ADAGP, Paris, 2026 Courtesy : l’artiste et Esther Schipper, Berlin ; photogrammes : avec l’aimable autorisation du Ryan Gander Studio

Matt Mullican The Universe [L’Univers], 2023-2025 9 519 collages sur papier à l’encre ; 101 enveloppes kraft à l’encre ; 25 boîtes en carton à l’encre Courtesy de l’artiste et Peter Freeman, Inc., New York / Paris Photos : Nicholas Knight © Matt Mullican

Gaspar Willmann, JUMAP (sans titre), 2024 Impression UV et huile sur toile de lin 188 × 110 cm © Galerie Exo Exo © Gaspar Willmann / ADAGP, Paris, 2026

6. Jean-François Millet, 1814-1875. Le Semeur, gravé par Paul Le Rat, 1873. Eau-forte et crayon sur papier, avec un quadrillage dessiné par Vincent van Gogh, 44,9 × 31,2 cm Van Gogh Museum, Amsterdam (Vincent van Gogh Foundation)

Tolia Astakhishvili et Dylan Pierce So many things I’d like to tell you [Tant de choses que j’aimerais te dire], 2020-2025 Vidéo haute définition sur deux canaux (couleur, son), 48 min Fonds pour le XXIe siècle © 2026 Tolia Astakhishvili et Dylan Peirce Avec l’aimable autorisation des artistes, LC Queisser et Emalin


Photo publiée dans Paris Match, N°273, 19 juin 1954 (détail) © MAURICE JARNOUX/PARIS MATCH/SCOOP


